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Editorial du Lien fraternel de mars 2010
Quand l’Evangile passe…
par les toilettes !
Quelqu’un a volé le piano du groupe Elicante, stocké dans la salle Béthanie. Profitant d’une fermeture de porte mal réglée, un inconnu s’est introduit et est parti notre clavier sous le bras. Bien embêtant au niveau pratique et financier, ce vol semble être un comble, après la destruction récente de plusieurs distributeurs de papier toilette. Et tout cela parce que nos W.C. sont ouverts à l’extérieur. On ferait mieux de… !
Dans les discussions que ces faits divers ont provoquées, untel rappelle que par moments, il se passe ici des choses pas très catholiques, et une autre renchérit avec la proposition de fermer les toilettes hors activité de l’Eglise. Contre cela l’autre mentionne des paroles de Jésus telles « Si quelqu’un te frappe sur la joue droite… » ou de Paul « Ne sois pas vaincu par le mal, mais vainqueur du mal par le bien ».
De la même façon, un quatrième semble soupçonner, en bloc, les bénéficiaires de la Banque alimentaire ou de penser que tous les gens du quartier qui y pénètrent sont des dealers ou des cambrioleurs potentiels. D’autres, en connaissance de cause nuancent : Il y a de tout ! Et une autre soutient que sans un accueil personnel, simplement laisser les W.C. ouverts équivaut à une invitation à l’abus. Si nous pouvions être plus présents !
Mais pour moi l’architecture du 45 rue de Buffon parle. Déjà sa cour mi-privée, mi-publique où tout le monde peut se rencontrer, en est un atout appréciable. Et l’agencement des toilettes donnant sur la cour fait qu’on partage cet espace avec d’autres. Ainsi, même nos sanitaires peuvent dire quelque chose de l’évangile. Comme elles, ce dernier n’est pas uniquement pour les gens du dedans, ni pour les chercheurs patentés. Il est aussi quelque chose de gratuit qui répond au besoin de tous.
Mais cet espace est public à un autre niveau. Son utilisation doit être décidée ensemble : Quelle ouverture ? Quelle réglementation ? Quel repli ? Doit-on en limiter l’accès, décourager les inconnus, les diriger vers les W.C de la place du Vieux Marché, ou bien proposer gratuitement un service aussi fondamentalement humain qu’un verre d’eau froide en été, tout en acceptant les risques d’abus auxquels cette ouverture nous expose ?
Je ne sais ni quand ni comment ces toilettes sont devenues semi-publiques. Peut être est-ce fortuit, mais cela manifeste une « ouverture vers l’extérieur » de l’Eglise d’un tout autre ordre que des conférences et autres expositions qui s’y associent normalement. Pas celle vers un monde culturel et poli qui stimule notre intelligence ou notre sens esthétique, mais celle qui répond à des besoins fondamentaux et qui en même temps, nous rend un peu vulnérable. Serait-elle, par hasard, plus proche du cœur de l’évangile et de l’amour de Dieu pour sa création ?
uentin Braddock
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