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III - Exil et désert 1685-1787
Révocation et dragonnades précipitèrent l'exil d'un millier (?) d'elbeuviens, notamment les drapiers. Ainsi les LECOINTE partirent pour le Brandebourg (Allemagne) et les LE MONNIER pour la Hollande où ils reprirent la fabrication du drap «Le Meunier», déformation de Le Monnier. Les conséquences économiques ne se firent pas attendre... mais furent durables ainsi qu'en témoigne cet extrait d'une «notice statistique sur la Ville d'Elbeuf» rédigée par la Mairie le 10 juin 1822: «... la Révocation de l'Edit de Nantes vint arrêter le cours de la prospérité. Plus de la moitié de ses chefs d'atelier étaient protestants. La plupart d'entre eux allèrent porter leur industrie chez les notions voisines où ils formèrent des établissements rivaux des nôtres, avec d'autant plus d'avantage qu'ils employèrent pendant longtemps, à bas prix, certaines quantités de laine d'Espagne et de Portugal dont l'emploi était interdit aux fabriques d'Elbeuf par les règlements (de Colbert - 1667)». Malgré les menaces, certains réformés elbeuviens continuèrent malgré tout leur religion. Citons ici 3 exemples précis. (Le 1 er exemple nous est fourni par un rapport du Procureur du Roi aux bailliage et vicomté de Pont-del'Arche en date de novembre 1687 sur une «Assemblée illicite de nouveaux convertis à la HayeMalherbe»: «... il s'était fait une grande assemblée de personnes nouvellement converties dans le hameau du Camp des Ventes dépendant du village de la Haye-Malherbe, qui s'estaient enfermez dans une grange de François DUGARD dans laquelle lesdites personnes auraient chanté les pseaumes de David et fait autres prières semblables ainsy qu'autrefois faisaient les gens de la Religion Prétendue Réformée ... ») Cependant, le siècle des lumières adoucit peu à peu la situation des Réformés: avant même l'édit de tolérance de 1787, par exemple, le duc d'Elbeuf nomma Jean-Nicolas LE FEBVRE, drapier réformé, Maire de notre ville en 1768, fonction dont il démissionna quatre ans plus tard d'ailleurs. Autre exemple: on a conservé la dénonciation de Jean DE LA RUE, marchand drapier d'Elbeuf, des propos tenus par un nouveau converti au cours d'un repas chez un teinturier de la ville: «Matthieu FRONTIN qui proffessait par cy-devant la Relligion protestante dont il a fait abjuration entre les mains de Monsieur le Coadjuteur de Rouen, et discourant ensemble, le déposant entendit dire audit Fronfin que la relligion catholique apostolique et romaine ne vallait rien, et qu'il ne la croyait pas bonne». (poursuite pour blasphème - Mars 1689). Le troisième exemple est fourni par des poursuites après son décès contre un protestant «Insoumis» en 1701: «Procès contre la mémoire de Thomas LE COUSTURIER, marchand drapier en la manufacture d'Elbeuf, demeurant à Caudebec, décédé dans les sentiments et l'obsfinafion prétendue réformée et pose de scellés sur les meubles et effets dépendant de sa succession: sa mort aurait été cachée au curé par sa veuve, son corps inhumé en un lieu secret». |