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Page 5 sur 6 IV - Le Renouveau
du XIXème siècleC'est en 1853 que fut inauguré le temple d'Elbeuf, sis rue de Constantine (actuelle rue P. Renaudel). Elbeuf, desservi jusqu'alors par Rouen, passe en 1856 à la Société Evangélique et le 1 er mai 1868, par décret officiel, un poste de pasteur y est établi. 3 ans plus tard, un tournant capital dans l'histoire du protestantisme elbeuvien se déroule avec l'arrivée des réfugiés alsaciens de Haguenau et surtout de Bischwiller. Il est nécessaire de s'arrêter là un instant et de remonter bien loin dans le temps pour comprendre. Lors de la Réforme, le comte Palatin G.J. de Velventine créa la ville nouvelle de Phalsbourg pour y accueillir des réfugiés huguenots de France et des Pays-Bas: la ville devint rapidement fort active, mais passa en 1583 aux ducs de Lorraine, les protestants s'enfuirent vers 1618-1621 dans la ville voisine de Bischwiller: bien reçus, ils y développèrent l'industrie drapière et se rendirent bientôt maîtres de la cité. De 4.000 habitants en 1811, Bischwiller atteint 11500 âmes en 1870. C'est alors qu'arrivèrent les dragons badois: partir ou rester, le choix devait être fait avant le 1 er octobre 1872. Le gouvernement allemand proposa à la ville de devenir sous-préfecture en 1871, mais rien n'y fait: les protestants émigrèrent et Bischwiller connut un déclin durable. Elle ne fut pas sous-préfecture, tomba à 7.700 habitants en 1874. De 96 fabricants 4 ans plus tôt, elle ne pouvait plus compter en 1874 que sur 21 fabricants, de 5.000 ouvriers à moins de 2.000, de 2.000 métiers à 650, d'un million de kg de marchandises à 0,4 million, de 18-20 millions de chiffre d'affaires à 5-6 millions etc... Les raisons de cet exode sont les suivantes: ce retour au pays duquel ils étaient partis trois siècles plus tôt a le même sens que leur départ: la quête de la liberté. En effet, très attachés aux valeurs républicaines de la Révolution Française, ils étaient heurtés par la monarchie impériale prussienne. Secondement, Bischwiller faisait du drap uni fin pour une clientèle élégante et du drap noir pour les vestes de paysans bretons et les soutanes de... curé l Les clauses douanières du traité franco-allemand risquaient de les couper après le 31 décembre 1872 de leur clientèle française. Enfin, l'industrie bischwilléroise était transportable, contrairement, par exemple, à celle de Mulhouse (liée à la qualité des eaux de la Doller). Où allèrent-ils? A Vire, Sedan, Reims, Mâcon, Roubaix, Tourcoing, voire en Suisse ou en Amérique, mais les plus importants - les protestants et les juifs (ces derniers par crainte de l'antisémitisme allemand séculaire) - vinrent à Elbeuf. Ce choix fut motivé par plusieurs raisons particulières: l'ancienneté textile de la ville (mention de drapiers à Elbeuf dès l'an 900) et sa respectabilité (règlements de Colbert, lettres de Louis XVI, visite du 1 er Consul Bonaparte): en 1868, Elbeuf réalisait 85 millions de francs de chiffre d'affaires. D'autre part, il y avait déjà eu des contacts textiles entre les deux cités vers 1810, à la demande de Napoléon ler. Au total, on estime la venue des Alsaciens à Elbeuf à environ 2.000 personnes ! En 1911, les bischwillérois réalisaient 1/3 du chiffre d'affaires d'Elbeuf: ils concentrèrent les entreprises elbeuviennes, les modernisèrent; en revanche, ils se sont mis à la «nouveauté», spécialité de notre cité ! Pour reprendre le mot d'André Maurois (lui-même patron elbeuvien du textile d'origine juive alsacienne, sous le vrai nom d'Emile Herzog): «Normands et Alsaciens ont communié dans la religion du drap». Revenons donc, à présent, à notre sujet. Jusqu'en 1877, les luthériens, tous les 15 jours, suivent un culte en allemand, au temple, l'office terminé, le pasteur discute avec ses fidèles en dialecte alsacien. Les catholiques elbeuviens évitent de passer devant le temple... En 1877, les luthériens louèrent une autre salle pour leur culte: le pasteur Edouard ROEHRICH s'y installe en 1886 et y restera jusqu'à sa mort en 1935 (une rue d'Elbeuf porte son nom). |