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JEUX DE CARTES
Drôle d’expérience cette semaine : Le fait que je possède une Carte Bleue, qui me satisfait parfaitement, ne m’a pas empêché de recevoir une lettre de ma banque m’invitant à souscrire à une nouvelle carte Mastercard. La lettre se terminait avec un post-scriptum :
« Profitez-en vite ! En renvoyant votre bulletin de souscription avant le 6 mars 2012 »
Par hasard, au moment où je regardais cette offre, une télévendeuse de la banque me téléphone pour demander si j’ai bien reçu le courrier. Un dialogue se poursuit :
QB : J’ai déjà une Carte Bleue, pourquoi aurais-je besoin de votre Mastercard ? TV : L’Europe a décidé le retrait progressif de la Carte Bleue. QB : Je n’ai rien entendu de cela. C’est prévu pour quand ? TV : Je ne sais pas, mais c’est l’occasion de vous prémunir. QB : Et le PS dans votre lettre, quel est l’avantage à souscrire avant le 6 mars ? TV : Vous ne payez que 36,50 €. QB : Et si je souscris après cette date ? TV : C’est le même prix.
Pourquoi est-ce que cet échange tourne tant dans ma tête ? Est-ce la menace non fondée d’être sans moyen de paiement à l’âge de l’électronique ? Est-ce la fausse urgence du « profitez-en vite » ? Est-ce l’abus de confiance de ma banque quand elle essaie de me vendre quelque chose dont je n’ai strictement pas besoin ?
En tout cas, elle appelle d’autres questions encore : Combien d’autres sollicitations creuses dessinent les contours de ma vie en manipulant mes peurs et mes fantasmes ? Combien de conseils en tout genre est-ce que je suis, sans soupçonner l’intérêt qui les oriente ? Et finalement, à qui faire confiance ?
Il n’y a pas de bonne réponse à cette dernière question. Certainement pas « faites-nous confiance, nous sommes chrétiens / protestants / pasteurs ! » Il se peut que nous proposions une Mastercard spirituelle, quand une simple carte bleue humaniste serait adéquate pour vos besoins quotidiens.
La confiance est finalement plus l’affaire de celui qui l’accorde, plutôt que de celui à qui elle est accordée. A moi de décider où je place ma confiance, comme mon argent. Qu’une offre nous vienne de la banque ou de la Bible, nous pouvons faire pire que de suivre ces Juifs de Bérée, en Grèce, qui, ayant entendu Paul
« avaient des sentiments plus nobles… ils reçurent la parole avec beaucoup d’empressement, et ils examinaient chaque jour les Ecritures, pour voir si ce qu’on leur disait était exact. Plusieurs d’entre eux crurent…» (Actes 17.11-12)
Recevoir une proposition, s’informer, se forger une idée et puis se décider… En estimant les sentiments des gens de Bérée ainsi, Luc nous invite tous à cette forme de noblesse !
Quentin Braddock |