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Je
me trouve en pleine préparation de deux sessions de catéchèse, chacune ayant
pour thème, un verbe devenu problématique dans notre Occident d’aujourd’hui. Il
s’agit du verbe s’engager pour les
jeunes et de croire pour les Grands
Débutants. Et l’un et l’autre ont porté diverses significations dans le temps. Les sociologues
Bénédicte Havard-Duclos et Sandrine Nicourd décrivent le changement que
« s’engager» a subi :
« Au militant dévoué et fidèle, fonctionnant à
l’appartenance identitaire et à l’engagement illimité, aurait succédé un
militant plus autonome à l’égard des organisations, mobilisé sur des objectifs
concrets, modestes et spécialisés, mais utiles, sur des durées limitées.
L’action deviendrait plus importante que l’affiliation, dans un idéal tout
autant libéral que libertaire….. La bonne façon de s’engager a changé. » (1)
Quant
à « croire », c’est depuis plusieurs siècles qu’on se détourne
progressivement de l’objectif ; ce qui doit être cru, vers le
subjectif ; l’acte de faire confiance. Aujourd’hui, croire devient moins
l’adhésion à des croyances extérieures et solides, qu’une entreprise
subjective, qui repose sur notre for intérieur dont c’est l’intensité ou la
sincérité plutôt que la véracité qui est à jauger. Le « croire » de
nos jours a du mal avec la certitude de celui qui détient la vérité avec un « Je
sais que ». Il est plus minimaliste en préférant hésiter avec un «je crois
que je crois que… ».
Un
résultat de cette modestie par rapport à la possession de la vérité, ou même de
la foi, est que la distinction entre croyant et agnostique devient moins
tranchée. Nous sommes tous des agnostiques ! Mais au lieu d’être un
problème moderne, ceci nous renvoie vers un état plutôt évangélique : la
foi n’est jamais possédée, car selon les dires de Jésus en Matthieu 17, 20 et
les observations géographiques qui s’en suivent, le nombre de croyants dont la
foi dépasse la taille d’un grain de sénevé n’est pas très élevé.
Alors,
en jonglant avec ces deux verbes, s’engager et croire, je suis arrivé à un
contresens sensé, en pensant que dans notre communauté il y aurait bien des agnostiques
engagés. Pas surprenant, car ils seraient, en quelque sorte, le pendant de cet
autre non-sens qui est celui d’être croyant non-pratiquant !
Quentin Braddock c
(1) Bénévoles
et militants dans les associations de solidarité, Paris, Payot 2005 p. 171
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