| Calvin ( Par Pierre Langlois ) |
2009, nouvel an. Celui du 5ème centenaire de la naissance de Jean Calvin C’était l’occasion pour Le Lien d’apporter sa pierre à cet anniversaire
et pour nous, en Eglise, de laisser nos racines se revivifier à l’histoire.
A notre Histoire…
Chaque mois de cette année, Pierre Langlois* nous lira un chapitre de cette vie fondatrice avec, pour le numéro de cet été, un spécial « théologie de Calvin».
* Pierre Langlois :professeur d'histoire géographie au Lycée André Maurois d'Elbeuf, Ancien membre du Conseil presbytéral d'Elbeuf
I) Calvin avant…Calvin Calvin est né Jean Cauvin le 10 juillet 1509 à Noyon, en Picardie, dans la maison près du marché aux blés qui aujourd’hui - sert de musée (et qui a été totalement reconstituée après les bombardements de la Grande Guerre et restaurée après ceux de la 2nde Guerre Mondiale).
Noyon était alors un bourg commerçant (grains, toiles et draps) et une cité épiscopale. Nous savons fort peu de choses sur la jeunesse de Calvin car celui-ci avait une grande défiance envers l’écriture du moi, sans doute par peur d’une explication de sa vie par l’astrologie très en vogue à l’époque et par refus d’une légende dorée qui en ferait un saint. Mais on sait qu’il est toute sa vie resté attaché à sa patrie picarde : quand, en 1552, Noyon fut mis à sac par les Espagnols, Calvin en éprouva une grande douleur.
Son grand-père était tonnelier dans un village des environs et c’est le père de Calvin qui, en 1481, s’installe à Noyon. Il y gravit tous les échelons de la notabilité, accédant au titre de bourgeois en 1497 grâce à la protection de l’évêque. En effet, le père est devenu notaire apostolique après avoir été simple greffier, puis avoué et procureur. C’est donc une vie de juriste au service de l’Eglise qui donne à la famille une aisance matérielle.
Jean est baptisé le jour de sa naissance dans sa paroisse avec un chanoine de la cathédrale comme parrain. Il aura 3 frères et 2 sœurs, mais d’un 2nd lit car sa mère meurt en 1515 quand il avait 6 ans.
En 1521, Jean reçoit plusieurs bénéfices ecclésiastiques qui lui assurent des revenus réguliers lui permettant d’aller au collège de la Marche à Paris, logeant chez un oncle serrurier près de St-Germain l’Auxerrois. Jean a de l’argent, la protection de la famille épiscopale de Noyon et reçoit une solide éducation, en particulier d’un éminent pédagogue et latiniste, Maturin Cordier (qui plus tard deviendra principal du collège de Lausanne). Après quoi, il part au collège Montaigu où la discipline est d’une très grande sévérité. Mais Jean est un élève sage et appliqué.
En 1528, lui qui se destinait à la théologie pour être prêtre s’inscrit… en droit selon les vœux successifs de son père qu’il suit à Orléans, puis Bourges. A Orléans, il sera profondément marqué par l’enseignement de Pierre de l’Estoile à Bourges, il apprend la concision de la pensée et du style auprès du juriste italien Alciati, se passionne pour le grec auprès de l’helléniste allemand Wolmar et a le goût de l’érudition en lisant Guillaume Budé.
Son père meurt en 1531, en état d’excommunication à cause A cette date, Jean Cauvin est un intellectuel passionné d’études, acharné même l’études. C’est un juriste de formation qui revient à la théologie même s’il restera toute sa vie juriste dans l’âme, attaché à la rigueur, fasciné par la loi. Le jeune homme a 22 ans, il vit de cours donnés et continue d’en recevoir auprès d’érudits ; dans l’obligation de choisir un métier, Jean, en fait, diffère ce moment, car seules les études le passionnent.
Le contexte est celui de l’Humanisme et de la Renaissance culturelle :Jean prépare son 1er livre, « de clementia » qui est un commentaire de Sénèque, un auteur de l’antiquité latine (qui paraîtra en avril 1532) ; c’est un livre d’érudition qui joute intellectuellement avec Budé et Erasme.Nous sommes 15 ans après les « 95 thèses » de Luther ; il y a des réformés en France qui secouent l’Eglise et aussi des Réformistes (ce sont des bibliens, spécialistes de la Bible et favorables à une réforme sans rupture avec l’Eglise Catholique, comme Marguerite de Navarre, sœur de François 1er, Guillaume Briçonnet ou Lefebvre d’Etaples) : mais « de clementia » ne prend pas position religieusement .
Jean Cauvin n’a pas encore rencontré son chemin de Damas…
II) La conversion de Calvin
L’élément déclencheur n’est pas la justification par la foi comme dans es états allemands 15 ans plus tôt. Cette dernière était une idée acquise chez les évangéliques français et François Ier était alors bien disposé à l’égard des Réformistes. L’attaque frontale ne concerne donc pas l’épitre aux Romains comme dans la Réforme allemande, mais le problème est la messe : les prêtres catholiques, en refaisant à chaque messe le sacrifice
L’indisposition de François Ier date de l’automne 1533 : le 01er novembre, Nicolas Cop, recteur de l’université, fait le discours traditionnel de rentrée des 4 facultés ; Calvin a-t-il écrit ou influencé le discours ? On ne sait, mais le discours, nettement réformiste, fait scandale. Cop est poursuivi et Calvin s’enfuit à Angoulême. François Ier cherche les bonnes grâces papales pour sa politique : il vient de marier son 2ème fils à la nièce de Clément VII (Catherine de Médicis) et, en retour, le Pape lui demande de lutter contre les Turcs à l’extérieur et les Luthériens à l’intérieur ; en janvier 1534 un édit récompense les dénonciateurs de Luthériens et les 7/18 octobre éclate l’affaire des placards.
Ces affiches de 37X25 cm imprimées en gothique sont apposées un peu partout à Paris et même sur la porte de chambre du Roi à Amboise ! L’auteur, A. Marcourt, critique les Saints, parle de la justification par la foi,de la place de la Parole, du primat de la Bible mais surtout attaque la messe et donc le clergé papiste. Malgré Guillaume Budé, c’est la rupture,irréversible. Face à ces sacrilèges, il faut châtier les coupables et multiplier les processions publiques avec une adoration renforcée du Saint-Sacrement pour réparer l’offense à Dieu, apaiser son courroux et celui du Roi « patron et protecteur de l’Eglise gallicane ».
III- Les années d’errance 1535-1541) Bâle, Genève, Strasbourg : 3 lieux d’exil comme réponses à sa rupture l’avec le papisme, car, dit-il dans une lettre de 1535, la France est devenue une terre de captivité et, dans une autre, il vomit les tièdes qui n’ont pas encore choisi leur camp.
Bâle d’abord où il rédige la double préface de la 1ère traduction de la Bible en français à partir de l’hébreu et du grec (contrairement à celle de Lefèvre d’Etaples publiée en 1530 à partir de la Vulgate) de son cousin Olivétan, de Noyon, publiée à Neuchâtel en Suisse en 1535 (avec quelques retouches ultérieures de Calvin, elle deviendra l’officielle « Bible de Genève »). Bâle encore où en mars 1536 (4 mois avant la mort d’Erasme dans cette même ville), il publie la 1ère version de « l’Institution de la religion chrétienne ». Adressée au Roi de France, en réponse aux écrits de Guillaume Budé, Calvin y rassemble toutes ses idées en un corpus doctrinal cohérent. Il faut comprendre le terme « institution » par « formation » (origine que l’on retrouve aujourd’hui dans le mot «instituteur ») : dans une langue limpide et précise, Calvin y décrit son idéal humaniste, dans une société déchue par le péché, où l’Etat et l’Eglise sont séparés mais tous deux soumis à la volonté de Dieu qui sauve par grâce.
Pendant ce temps, Genève, après s’être libérée du Duc de Savoie politiquement en 1526, adopte la Réforme le 21 mai 1536 avec la célèbre devise « post tenebras lux » : Calvin n’y prend aucune part (le grand réformateur genevois est Guillaume Farel), mais arrive dans cette cité de 10 000 âmes de façon fortuite en été 1536 et pour … une seule nuit !
Enfin, cerise sur le gâteau de l’amour-propre blessé en 1538…en septembre 1541 il est rappelé à Genève ! C’est un triomphe personnel ! |