paroisse Elbeuf
 

C'est avec joie que l'Eglise réformée d'Elbeuf vous accueille aujourd’hui.

Elle vous souhaite la bienvenue et se met à votre service.

 

 

 

Cette  Église  est  membre  de  l’Eglise  Réformée de France (ERF)et de la Fédération Protestante de France (FPF). Elle affirme le salut gratuit offert à tous en Jésus-Christ. Elle proclame l’autorité des Ecritures,  et  la liberté du chrétien. Située au cœur de la région ERF Nord-Normandie, dans le consistoire de Haute-Normandie, elle couvre un vaste territoire, centré sur la ville d'Elbeuf: du plateau du Neubourg à Gaillon au sud, des Andelys à Routot au nord.


 

 

 

Voici dévoilée quelques pages de son histoire :

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ELBEUF ET LA REFORME

 

I - Le protestantisme jusqu'en 1598

C'est à partir de 1540 que naissent les premières églises réformées normandes,Pour Elbeuf, les sources sont confuses: dépendance de Rouen ou de Pont-Audemer, on ne sait exactement. Il semble exister un culte de fief au domaine de Jean MUSTEL, avocat du Roi près le bailliage, Seigneur de Bosroger (en Roumois? de Bouquetot?) en 1562. On y, apprend également que les réformés., à Bosc-Bénard vers 1570 au moment des guerres de religion. Enfin, l'existence d'un "presche" (lieu de culte) est attestée au château de la Mésangère (à Boscguérard de Marcouville) en 1581. Vers 1560, il semblerait que près du quart de la population d'Elbeuf soit acquis au protestantisme (artisans et ouvriers du textile surtout), ce qui équivaudrait à la proportion observée en 1565 à Rouen: 16.000 réformés sur 80.000 habitants (soit 21 %). C'est alors que commencent en Normandie les guerres de religion, ponctuées par les paix d'Amboise en 1563 et de Saint-Germain en 1570. Cette dernière n'autorise plus le culte réformé que dans les faubourgs de Carentan et Pont-Audemer, pour toute la province. En 1572, la Saint-Barthélemy frappe avec violence: on relève 500 morts à Rouen! Après 1580, les troubles de la Ligue provoquent un quatrième exil de quelques protestants normands. Enfin Henri IV met fin aux troubles par l'Edit de Nantes en 1598: il y a alors 6 colloques (circonscriptions regroupant des églises géographiquement proches - ce terme fut ensuite remplacé par celui de «consistoire») en Normandie regroupant 58 églises. Hostile à cet Edit, le Parlement de Rouen ne l'enregistre qu'en 1609, mais le Roi l'avait fait appliquer dès 1599 par l'envoi de commissaire spéciaux chargés de fixer les lieux de culte. Leurs rapports n'ont pas été retrouvés. Mais, en général, ces lieux étaient sis dans les faubourgs ou, en campagne, dans un lieu désigné ou accepté par les commissaires, ou bien encore sur les terres d'un Seigneur Huguenot. A Rouen, il ne s'y trouve plus que 6.000 réformés (moins de 7% de la population), mais ils disposeront à partir de 1601 d'un nouveau temple au Grand-Quevilly, «de forme polygonale de 30 mètres de diamètre» (!). Les Elbeuviens s'y rendirent probablement.

 

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II - D'un édit à l'autre: 1598-1685

Les tracasseries cependant n'attendirent pas l'avènement de Louis XIV: elles reprirent dès la mort de Henri IV en 1610, mais elles allèrent grandissant tout au long du XVIle s. Ainsi, cet extrait des Registres de la Cour de Parlement en Chambre de l'Edit, daté du 4 mai 1659: « ... Requeste présentée au dit juge par les dits Anciens de la Réligion Prétendue Réformée (de Pont Audemer), pour être informé des violences, excès et coups de pierres, commises par plusieurs catholiques dans l'enclos de leur temple, paroles injurieuses et scandaleuses tendant à sédition, rupture de la porte de leur temple, emport et brûlement de leur Bible». Cette môme année, malgré oppositions et interdictions, Guillaume SCOTT (chevalier et baronnet écossais, demeurant rue Gros-Horloge à Rouen) fait de la Mésangère sa résidence de campagne et y maintient le culte réformé. Mais, après 1661, les tracasserie sont plus graves encore. La Parlement de Rouen multiplie les arrêts de sa propre autorité: il ne pourra y être nommé plus d'un médecin protestant pour 15 catholiques (1 663), de même pour les monnayeurs et merciers en gros (1 664), les orfèvres (1 665), etc... Témoin encore, cette condamnation d'un «relaps et séducteur de catholiques» entre 1678 et 1681: «poursuites entreprises par le procureur du Roi au bailliage et vicomté de Pont-de-l'Arche sur le haro interjette par le sieur curé de Saint-Jean d'Elbeuf sur la personne de Jean LE MONNIER dudit Elbeuf, accusé de crime de relaps et prisonnier aux prisons dudit Elbeuf en conséquence dudit haro, mesme accusé d'avoir voulu séduire plusieurs catholiques pour les faire changer et embrasser la religion prétendue réformée, disant que ladite prévaloit la Religion Catholique, qui est un crime d'Estat et punissable exemplairement pour empescher le crime et la licence de tels séducteurs au préjudice de ladite église catholique». (Le Jean LE MONNIER, cardeur d'Elbeuf, avait abjuré en 1668, mais il est accusé de simuler sa conversion car il ne fait pas ses Pâques, il travaille à carder la laine pendant les fêtes religieuses, il fréquente des Huguenots et endoctrine son entourage de cardeurs, il ne met qu'un genou en terre, à l'Eglise, détourne la tête quand on lève la Ste Hostie, etc... En 1681, il est condamné à comparaître tête et pieds nus, à demander pardon au Roi et à la justice, puis à servir sur les galères royales à perpétuité, avec entière confiscation de ses biens meubles et immeubles). A partir de 1673 reprend, à Paris, le procès des temples normands: peu à peu ils sont interdits ou démolis: celui du Bosc-Roger dès 1679, la Mésangère l'est en juillet 1682. A cette date, il ne subsiste plus que 36 églises en Normandie. C'est dans ce contexte qu'intervient en octobre 1685 l'Edit de Fontainebleau, révoquant l'Edit de Nantes. C'est à partir précisément d'octobre 1685 que commencent en Normandie les dragonnades avec l'intendant MARILLAC, en poste à Rouen depuis l'année précédente et qui s'était déjà distingué dans ce domaine en Poitou. Ce fut une triste surprise, car l'on ne pensait pas que le Roi les autoriserait dans notre riche province. En tout cas, c'est ce qui explique les nombreuses abjurations de la fin 1685/début 1686 dans notre région (cf. photocopie d'une abjuration) dont les «registres de catholicité» de SaintEtienne et de Saint-Jean d'Elbeuf témoignent. 

 

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III - Exil et désert 1685-1787

Révocation et dragonnades précipitèrent l'exil d'un millier (?) d'elbeuviens, notamment les drapiers. Ainsi les LECOINTE partirent pour le Brandebourg (Allemagne) et les LE MONNIER pour la Hollande où ils reprirent la fabrication du drap «Le Meunier», déformation de Le Monnier. Les conséquences économiques ne se firent pas attendre... mais furent durables ainsi qu'en témoigne cet extrait d'une «notice statistique sur la Ville d'Elbeuf» rédigée par la Mairie le 10 juin 1822: «... la Révocation de l'Edit de Nantes vint arrêter le cours de la prospérité. Plus de la moitié de ses chefs d'atelier étaient protestants. La plupart d'entre eux allèrent porter leur industrie chez les notions voisines où ils formèrent des établissements rivaux des nôtres, avec d'autant plus d'avantage qu'ils employèrent pendant longtemps, à bas prix, certaines quantités de laine d'Espagne et de Portugal dont l'emploi était interdit aux fabriques d'Elbeuf par les règlements (de Colbert - 1667)». Malgré les menaces, certains réformés elbeuviens continuèrent malgré tout leur religion. Citons ici 3 exemples précis. (Le 1 er exemple nous est fourni par un rapport du Procureur du Roi aux bailliage et vicomté de Pont-del'Arche en date de novembre 1687 sur une «Assemblée illicite de nouveaux convertis à la HayeMalherbe»: «... il s'était fait une grande assemblée de personnes nouvellement converties dans le hameau du Camp des Ventes dépendant du village de la Haye-Malherbe, qui s'estaient enfermez dans une grange de François DUGARD dans laquelle lesdites personnes auraient chanté les pseaumes de David et fait autres prières semblables ainsy qu'autrefois faisaient les gens de la Religion Prétendue Réformée ... ») Cependant, le siècle des lumières adoucit peu à peu la situation des Réformés: avant même l'édit de tolérance de 1787, par exemple, le duc d'Elbeuf nomma Jean-Nicolas LE FEBVRE, drapier réformé, Maire de notre ville en 1768, fonction dont il démissionna quatre ans plus tard d'ailleurs. Autre exemple: on a conservé la dénonciation de Jean DE LA RUE, marchand drapier d'Elbeuf, des propos tenus par un nouveau converti au cours d'un repas chez un teinturier de la ville: «Matthieu FRONTIN qui proffessait par cy-devant la Relligion protestante dont il a fait abjuration entre les mains de Monsieur le Coadjuteur de Rouen, et discourant ensemble, le déposant entendit dire audit Fronfin que la relligion catholique apostolique et romaine ne vallait rien, et qu'il ne la croyait pas bonne». (poursuite pour blasphème - Mars 1689). Le troisième exemple est fourni par des poursuites après son décès contre un protestant «Insoumis» en 1701: «Procès contre la mémoire de Thomas LE COUSTURIER, marchand drapier en la manufacture d'Elbeuf, demeurant à Caudebec, décédé dans les sentiments et l'obsfinafion prétendue réformée et pose de scellés sur les meubles et effets dépendant de sa succession: sa mort aurait été cachée au curé par sa veuve, son corps inhumé en un lieu secret».

 

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IV - Le Renouveau

du XIXème siècle

C'est en 1853 que fut inauguré le temple d'Elbeuf, sis rue de Constantine (actuelle rue P. Renaudel). Elbeuf, desservi jusqu'alors par Rouen, passe en 1856 à la Société Evangélique et le 1 er mai 1868, par décret officiel, un poste de pasteur y est établi. 3 ans plus tard, un tournant capital dans l'histoire du protestantisme elbeuvien se déroule avec l'arrivée des réfugiés alsaciens de Haguenau et surtout de Bischwiller. Il est nécessaire de s'arrêter là un instant et de remonter bien loin dans le temps pour comprendre. Lors de la Réforme, le comte Palatin G.J. de Velventine créa la ville nouvelle de Phalsbourg pour y accueillir des réfugiés huguenots de France et des Pays-Bas: la ville devint rapidement fort active, mais passa en 1583 aux ducs de Lorraine, les protestants s'enfuirent vers 1618-1621 dans la ville voisine de Bischwiller: bien reçus, ils y développèrent l'industrie drapière et se rendirent bientôt maîtres de la cité. De 4.000 habitants en 1811, Bischwiller atteint 11500 âmes en 1870. C'est alors qu'arrivèrent les dragons badois: partir ou rester, le choix devait être fait avant le 1 er octobre 1872. Le gouvernement allemand proposa à la ville de devenir sous-préfecture en 1871, mais rien n'y fait: les protestants émigrèrent et Bischwiller connut un déclin durable. Elle ne fut pas sous-préfecture, tomba à 7.700 habitants en 1874. De 96 fabricants 4 ans plus tôt, elle ne pouvait plus compter en 1874 que sur 21 fabricants, de 5.000 ouvriers à moins de 2.000, de 2.000 métiers à 650, d'un million de kg de marchandises à 0,4 million, de 18-20 millions de chiffre d'affaires à 5-6 millions etc... Les raisons de cet exode sont les suivantes: ce retour au pays duquel ils étaient partis trois siècles plus tôt a le même sens que leur départ: la quête de la liberté. En effet, très attachés aux valeurs républicaines de la Révolution Française, ils étaient heurtés par la monarchie impériale prussienne. Secondement, Bischwiller faisait du drap uni fin pour une clientèle élégante et du drap noir pour les vestes de paysans bretons et les soutanes de... curé l Les clauses douanières du traité franco-allemand risquaient de les couper après le 31 décembre 1872 de leur clientèle française. Enfin, l'industrie bischwilléroise était transportable, contrairement, par exemple, à celle de Mulhouse (liée à la qualité des eaux de la Doller). Où allèrent-ils? A Vire, Sedan, Reims, Mâcon, Roubaix, Tourcoing, voire en Suisse ou en Amérique, mais les plus importants - les protestants et les juifs (ces derniers par crainte de l'antisémitisme allemand séculaire) - vinrent à Elbeuf. Ce choix fut motivé par plusieurs raisons particulières: l'ancienneté textile de la ville (mention de drapiers à Elbeuf dès l'an 900) et sa respectabilité (règlements de Colbert, lettres de Louis XVI, visite du 1 er Consul Bonaparte): en 1868, Elbeuf réalisait 85 millions de francs de chiffre d'affaires. D'autre part, il y avait déjà eu des contacts textiles entre les deux cités vers 1810, à la demande de Napoléon ler. Au total, on estime la venue des Alsaciens à Elbeuf à environ 2.000 personnes ! En 1911, les bischwillérois réalisaient 1/3 du chiffre d'affaires d'Elbeuf: ils concentrèrent les entreprises elbeuviennes, les modernisèrent; en revanche, ils se sont mis à la «nouveauté», spécialité de notre cité ! Pour reprendre le mot d'André Maurois (lui-même patron elbeuvien du textile d'origine juive alsacienne, sous le vrai nom d'Emile Herzog): «Normands et Alsaciens ont communié dans la religion du drap». Revenons donc, à présent, à notre sujet. Jusqu'en 1877, les luthériens, tous les 15 jours, suivent un culte en allemand, au temple, l'office terminé, le pasteur discute avec ses fidèles en dialecte alsacien. Les catholiques elbeuviens évitent de passer devant le temple... En 1877, les luthériens louèrent une autre salle pour leur culte: le pasteur Edouard ROEHRICH s'y installe en 1886 et y restera jusqu'à sa mort en 1935 (une rue d'Elbeuf porte son nom).
 

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V - Le XXéme siècle

Entre temps, les luthériens ont fait l'acquisition des locaux de la rue du Neubourg grâce aux églises luthériennes de Suède, d'Allemagne et des U.S.A. En 1927, lors du cinquantenaire luthérien, on dénombre environ 300 familles. En 1936, une convention fut signée liant Luthériens et Réformés en une paroisse originale. La seconde Guerre Mondiale n'épargne pas la communauté luthéro-réformée: le presbytère est construit à l'emplacement de l'ancien oratoire, avec les dommages de guerre. 1952: fête du centenaire du temple réformé. En 1962, lors de la synodalisation, on compte à nouveau 250 feux protestants. En 1982, le pasteur Claude COUPRY prend en charge le poste paroissial: c'est sous son égide que vont démarrer les travaux de rénovation des locaux paroissiaux. En effet, la convention luthéro-réformée de 1936 venant à échéance en 1986, une restructuration complète des bâtiments va s'opérer. Achat des locaux paroissiaux de la rue Guérot à la Mission intérieure luthérienne de Paris, vente du presbytère à M.Mme Steffen (paroissiens réformés), vente du temple réformé de la rue P. Renaudel au docteur Gurney. Ces différentes opérations immobilières, l'aide de la région Nord-Normandie, ont permis de reloger le pasteur dans un appartement à Saint-Pîerre-les-Elbeuf, de rénover salle du conseil presbytéral, bureau pastoral et salle de reprographie, d'aménager un lieu cultuel avec en annexe une grande salle modulable et plusieurs autres petites salles polyvalentes (dont une pour la Croix-Bleue d'Elbeuf). La paroisse dispose ainsi, rue Guérot, d'un ensemble fonctionnel, moderne, accueillant et concentré. L'inauguration de ces bâtiments s'est déroulée le 1 er octobre 1989, sous la présidence de M. J.A. de Clermont, président du Conseil Régional, en présence de tous les anciens pasteurs réformés d'Elbeuf depuis... 1947, de 2 pasteurs luthériens de Paris, et d'environ deux cent personnes de la paroisse ou des paroisses de Haute-Normandie.  

 

Auteur: Pierre LANGLOIS,  

professeur d'histoire géographie au Lycée André Maurois d'Elbeuf, Ancien membre du Conseil presbytéral d'Elbeuf  Sources: Archives départementales de l'Eure, série B. Pont-de-l'Arche Archives départementales de Seine-Maritime 6 M 1062 -Le protestantisme en Normandie depuis la Révocation jusqu'à la fin du XVIllème s.- de F. WADDINGTON (Ed. ?) -Récits d'histoire protestante régionale: Normandie- de Charles BOST - 1928 (Union fraternelle des églises réformées de Norrrandie ) Sur Bischwiller: article de Georges DELEHACHE ln Revue de Parts- n 23 - 1911 Archives paroissiales d'Elbeuf